Girl, la critique d’une danse en hors champ !

by Jules Crepin on 1 novembre 2018

Avec Girl comme premier long-métrage, Lukas Dhont se fraie peut-être un chemin vers les grandes affiches.

Sortie le 10 octobre 2018, Girl dépeint l’histoire d’un être humain emprisonné sous sa peau et son genre, cherchant une identité que les autres ne reconnaissent pas forcément. Entre danse et engagement, Girl est un chef-d’oeuvre à ne pas rater.

Lara est prise dans une école pour devenir danseuse étoile. Cependant, ne faisant pas de danse depuis toujours, elle garde quelques lacunes face aux autres élèves. Mais son corps a du mal à la soutenir dans tous ses efforts, car Lara essaie de changer de sexe et d’effacer sa vie en tant qu’homme. Voilà ce qu’on va voir dans Girl, voilà ce qu’on va vivre. Devenir femme est une réelle obsession pour Lara. Son sexe masculin doit disparaître, mais le traitement hormonal ne va jamais assez vite. Soutenue par son père, avec qui elle est extrêmement proche, le film montre une mère absente, même inexistante. C’est Lara qui doit s’occuper de la maison, de son frère, et aussi de son père. La famille a un rôle central dans ce film, traversant une année complète, on passe donc par l’anniversaire de la jeune fille, et le nouvel an, accompagné des oncles, tantes, cousins, cousines, mais sans qu’ils soient présentés. Deux autres personnages importants vont être dépeints : le psychologue et la médecin. Encore une fois, on ne sait pas qui ils sont, on ignore leurs noms. On apprend seulement qu’ils essaient d’aider Lara mais restent aveugles à ce mal-être qu’elle dissimule.

Le choix d’un acteur pour incarner Lara est parfaitement judicieux. Victor Polster nous fait oublier son genre. Son personnage crève l’écran. Lara fait partie du cadre, elle ne le quitte pas. C’est un film organique qui se joue devant nous, posant la question de « Qu’est ce qu’un corps ? ». Son visage, ses jambes, sa peau toujours et encore. Et si ce n’est pas elle, alors c’est son reflet. Les miroirs de la salle de danse, des toilettes, de sa chambre… Tous la décuplent. On ne cesse de la voir simplement parce qu’elle ne peut s’empêcher de se regarder. Et les autres ne sont pas importants. S’ils parlent hors-champ, tant-pis, le plus important c’est de voir les expressions de la jeune fille. Victor Polster nous montre une Lara englobée dans une fausse joie. Persécutée par le regard des autres. Ils ne comprennent pas qu’être garçon est une honte pour elle. À plusieurs reprises on voit la douche comme un supplice à ses yeux, montrer un corps qui ne lui appartiens pas. Cela donne naissance une scène particulièrement gênante, ou ses « amies » veulent absolument voir son sexe. Pour Lara c’est inconcevable, et cela lui prouve surtout qu’elle ne sera peut-être jamais vu par les autres comme étant une fille.

Lara & son reflet

Lara & son reflet

La danse est évidemment un élément majeur dans ce film. Employé aussi dans les fabuleux Billy Elliot et Black Swan, elle est un élément métaphorique. En effet, il ne faut pas le voir comme un élément de l’histoire mais comme un vecteur. Cet art est aussi un réel sport, la danse est réputée pour être particulièrement difficile, surtout à un tel niveau. Elle est utilisés dans ses films pour montrer le dépassement de soi. Le but connoté de Lara est de faire partie du gala. Si l’on creuse un peu, devenir femme est son réel combat, sa motivation, sa hargne. Et c’est ce qu’elle transmet dans ces efforts au cours des multiples exercices, des sélections, cette envie de se dépasser, se battre contre cet ancien lui-même.

Girl est un film engagé. Il dénonce la triste réalité de ne pas se sentir soi, de comment les autres perçoivent une différence telle que changer de sexe. C’est un film sur l’identité, nous demandant si le genre en est une caractéristique. Est-ce que l’on peut être ce que l’on souhaite ou sommes-nous seulement soumis à l’image que les autres ont de nous ? Girl nous met mal à l’aise, il nous tourmente, Lara est avec nous mais elle ne nous dit rien. Nous sommes muets, spectateurs, et inutiles. On voudrait l’aider, mais on ne peut pas, parce que, malgré les aides autour d’elle, Lara est seule. C’est pour cela que ce film est fort. Son message est puissant et très clair.

Analyse de la fin !

Lara ne sera pas prête pour le gala. Lara restera donc un homme. Mais elle en a décidé autrement, et le meilleur moyen pour elle de changer de sexe, c’est de perdre son pénis. Elle attrape ses ciseaux, se gèle l’entre-jambe comme elle l’a fait avec ses oreilles dans les premières minutes du film, et décide de souffrir pour atteindre son but. Alors que se percer les lobes était une analogie du sexe féminin, le supplice est reproduit cette fois-ci pour perdre le sexe masculin. Le spectateur ne partagera pas très longtemps sa souffrance, car enfin, Lara disparaît du champ. Son père la remplace, on prend sa place en s’inquiétant pour le sort de l’héroïne. Dans l’ambulance, c’est sa souffrance à lui qui devient importante, lui qui comprend enfin ce que ressentait sa fille, cette fausse gaieté. Et alors elle revient avec nous. Libérée, souriante, alors qu’elle est en public. Dans ces dernières minutes, on comprendra que Lara est devenue celle qu’elle voulait être, une girl.

Lara & son père

Lara & son père

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