DQCP n°7 : Gaspard va au mariage, la loi de la jungle

by Paul.N on 9 juillet 2018

Gaspard (Félix Moati) rencontre Laura (Lætitia Dosch) dans un train.

Gaspard doit assister au mariage de son père, resté à s’occuper du zoo dans la propriété familiale avec sa nouvelle compagne, le frère et la petite sœur de notre héro. Laura, qui ne connait ni Gaspard ni la famille de celui-ci, va découvrir un univers qu’elle ne connait pas et qui lui semble parfois très déstabilisant. Loin du film de comédie romantique, pour son cinquième film, Antony Cordier bouscule les codes du genre pour mieux jouer avec.

Un scénario et un point de départ original :

Le plus souvent, les comédies romantiques reposent sur une bonne idée (un mensonge, un quiproquo) qui va être mal desservi par la suite du scénario. Ici, le début du film ne s’embarrasse pas avec le passé des deux protagonistes. Nous ne connaissons rien de Laura à part le fait qu’elle est d’une franchise désarmante. Quant à Gaspard, le film nous apprendra ce que l’on doit en savoir.

De ce point de départ, comme souvent, Laura va servir de porte d’entrée pour le spectateur dans un monde qu’il ne connait pas, dans notre cas, l’envers du décors d’un zoo en perdition. L’unité de temps et de lieu permet au spectateur d’observer les rapports entre les individus qui, vous vous en doutez ne sont pas toujours cordiaux et souvent passionnels. C’est donc aux côtés de Laura que nous allons être initié à la réalité du terrain à coup de remarques lapidaires des membres de la famille de Gaspard.

"T'es pas un peu douillette toi ? "

« T’es pas un peu douillette toi ? « 

Des personnages aux défauts assumés

Loin du cliché « la famille c’est important », ici la famille n’est pas le quotidien de Gaspard contrairement à son frère et sa sœur qui sont restés pour travailler au zoo. Dans Gaspard va au mariage chaque personnage est une pièce du scénario. Chacun d’entre eux nous permet à nous de comprendre Gaspard et l’histoire de sa famille. Petit décryptage de chaque personnage :

Le père (Johan Heldenbergh) : 

Il est l’élément déclencheur de l’histoire, c’est pour lui que notre personnage principal se déplace. Il est à l’origine de l’histoire de la famille et du zoo et comme ce même zoo, il est dépassé. Dépassé par les circonstances d’abord, il a plusieurs maîtresses qui menacent son mariage. Dépassé par la réaction (normale) de sa future épouse qui connait son caractère manipulateur. Enfin dépassé par ses enfants dont il a du mal à comprendre les émotions et en particulier Gaspard. 

La figure du père peut être associée à celle de la famille entière ou du zoo voire de la maison, vieille bâtisse qui empile les souvenirs sans savoir quoi en faire et avec des petits bricolages pour faire tenir le tout. Le père de famille est comme la maison, il est fragilisé dans ses fondations.

 Le frère (Guillaume Gouix) :

Lui représente le côté gestionnaire, c’est son père qui nous l’apprend, des trois enfants, c’est celui qui est le plus pragmatique, qui sait que le zoo est déficitaire et qui a commencé à en vendre des bouts. Quelque part il est ce que ne veux pas voir le père, la réalité. Seul à donner des ordres, il tient unis les derniers membres de l’équipe du zoo à l’aide de sa belle-mère qui chapeaute le tout.

La belle-mère (Marina Foïs) :

Toujours en second plan, son rôle dans le film est très partiel car elle vient rentrer dans le cadre que quelques fois, mais toujours pour relancer l’intrigue. C’est elle qui tient le zoo avec le frère aîné et passe son temps à réparer et soigner.

Quand elle dit que des chiens sont venus attaquer les animaux du zoo, c’est sans doute une métaphore pour des femmes qui essayent de lui prendre son futur mari. Un second rôle tout en finesse qui permet d’éviter les clichés opposants les bonnes et les mauvaises personnes dans les familles. La belle-mère ici ne plaisante pas souvent mais c’est parce qu’elle passe sa journée à réparer les erreurs des autres. 

Laura (Lætitia Dosch) :

Laura représente le spectateur mais d’habitude le spectateur vit son initiation au monde qu’il ne connait pas à travers un personnage souvent un peu trop lisse. Ici, la folie du personnage, son étrangeté permet de multiplier les événements bizarres auxquels elle assiste.

Son côté plus « normal » ressort toujours au bon moment pour qu’on comprenne mieux le côté sauvage de la famille comme lorsque que Gaspard dit de la mort de sa mère, mangée par un tigre “pour  nous c’est normal c’est comme un accident de voiture”.

Ce même côté banal devient parfois un peu trop voyeur comme si on voulait nous dire “regardez comme ils sont bizarres”. En même temps c’est aussi une force car cela nous évite de nous attarder sur son passé qui est inintéressant pour le propos du film.

La sœur (Christa Theret) :

Certainement le personnage le plus intéressant du film. Toujours accompagnée d’une fourrure d’ours provenant d’un ours avec lequel elle a vécu, Coline se comporte presque tout le temps comme un être humain. Elle gère l’alimentation des animaux du zoo (ce qui est vu comme un poste sans enjeux) et se plait à imiter les ours pendant ses temps libres.

Elle représente l’humain-animal, la part d’animalité de l’humain. Outre cet aspect plutôt évident, son personnage est bien plus profond, depuis la mort de sa mère, elle n’a jamais enlevé sa fourrure. Il me semble que nous pouvons supposer que cette fourrure est protectrice pour elle et que l’abandonner c’est accepter le monde « adulte » et même le monde « humain » qui se trouve en dehors du zoo.

Gaspard lorsqu’il arrive, incarne le monde en dehors de ce microcosme familial et à ce titre il me semble que Coline représente les animaux du zoo que Gaspard a  » abandonné  » en partant.

La relation qui unie les deux personnages est presque incestueuse aux yeux du spectateur et de Laura qui est vue comme la concurrente de Coline en vue d’obtenir l’amour de Gaspard. Le fait que Gaspard aime sa sœur de façon moins forte qu’elle ne l’aime, représente aussi de mon point de vue la relation unilatéral entre l’homme et l’animal. L’animal aime l’homme mais si l’homme n’aime plus l’animal il peut le laisser mourir.

Ainsi si le film nous fait comprendre qui est Gaspard et qui est sa famille, c’est la relation entre Gaspard et sa sœur qui nous donne la clef.

“Tu sais la famille c'est des gens qu’on aime mais qu’on n’a pas besoin de voir tout le temps.”

“Tu sais la famille c’est des gens qu’on aime mais qu’on n’a pas besoin de voir tout le temps.”

De quoi ça parle ?  Qui va au mariage de qui finalement ? 

Très vite, le mariage n’est pas annulé mais fortement mis en danger. Le propos du film n’est donc pas forcément de savoir si le mariage va avoir lieu, mais qui est Gaspard ou plutôt que fait Gaspard ?

La réponse est dans le titre, Gaspard va au mariage, c’est donc l’action de notre héro qui intéresse le réalisateur, comme nous ne connaissons pas le personnage, c’est ses relations avec sa famille qui vont être décisives. Petit garçon, Gaspard réparait les choses et inventait pour rendre la vie de sa famille plus facile. Devenu grand il va faire pareil.

En fait Gaspard va au mariage pour réparer sa famille comme il répare des clôtures, c’est à dire comme il peut. Le zoo est à la dérive, il le sait et ne peut que freiner l’inévitable. La peur de l’inévitable va forcer sa famille à changer et à combattre leur « nature », c’est à dire ce qu’ils ne sont pas « au naturel » mais ce qu’ils sont devenu au fil du temps. Gaspard est la preuve qu’ils ont leur place dans la vie quotidienne et ce film parle donc de l’acceptation du changement.

Au tout début du film je pensais qu’on allait nous donner à voir un rite initiatique conduisant à l’acceptation ou non de Gaspard au sein de sa famille. Il s’agissait en fait de l’inverse, c’est Gaspard qui est venu savoir si sa famille était prête à sortir de l’enceinte du zoo. Sa famille est-elle prête à sortir de ce monde « naturel » mise en cage ?

Nous pensions que Laura et lui allait subir la loi de la jungle, la loi du plus fort. Mais la loi de la jungle s’applique à tous les animaux, même les plus endurci.

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