La chasse aux sorcières à l’époque moderne en France

Introduction

La chasse aux sorcières est une période qui marque fortement l’époque moderne, par la recherche inévitable d’un bouc émissaire aux maux de la société. Celle-ci débute avec la création de l’Inquisition par l’Église catholique au XIIIe siècle. L’objectif premier de cette institution, qui était d’une certaine manière la police de l’Église, était de convertir de nouveaux individus à la religion catholique et de limiter l’hérésie au sein des peuples sous autorité papale. C’est au XVe siècle que les pouvoirs de l’Inquisition ont été considérablement augmentés et que la chasse aux sorcières s’institutionnalise. Le 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII condamne la sorcellerie avec la Bulle Summis desiderantes affectibus (désireux d’ardeur suprême). Deux membres de l’Inquisition sont nommés alors par le pape, pour lutter contre la sorcellerie : Jacques Sprenger et Henry Institoris. Ils écrivent et publient le livre Malleux Maleficarum (Le Marteau des sorcières) en 1486. Le livre fait consensus entre catholiques et protestants et régit pour la lutte contre les sorcières. Ces deux événements marquent le début d’une lutte acharnée contre les sorcières. La démonologie prend plus de place pendant cette période. Cela désigne l’étude des démons et des croyances qui y sont relatifs. C’est une pratique qui prend de l’importance aux prémices de la chasse aux sorcières et considérablement plus durant celle-ci. Les plus hautes autorités ecclésiastiques encouragent l’étude des entités du mal. Cette étude démontre qu’il y a le Bien et le Mal représenté en la personne de Dieu et du Diable, accompagné d’anges suivant la voie du Bien ou du Mal, faisant office de messager entre les Hommes et le Divin. Le livre Malleus Maleficarum est le premier ouvrage traitant de démonologie judiciaire et selon les dires de Jean Delumeau dans son livre La Grande répression de la sorcellerie, la peur en Occident XIVe/XVIIIesiècles : « [Malleus Maleficarum] a contribué plus qu’aucun autre avant lui à identifier la magie populaire comme une forme d’hérésie joignant ainsi un crime civil à un crime religieux et incitant les tribunaux laïcs à la répression. D’autre part, jamais auparavant on n’avait dit aussi nettement que la secte diabolique est essentiellement constituée de femmes ». Ce monde magique s’intègre dans une société qui a de l’imagination. Selon les idées de Robert Muchembled dans son livre La Sorcière au village, XVe – XVIIIe siècle, la société du Moyen Âge est hanté par une crainte continuelle d’un malheur qui se prémisse. Cet état de fait n’est pas non plus sans raison, il faut rappeler que la période est marquée par la crainte de la faim, la misère, le froid, les animaux sauvages, les guerres, les épidémies etc. Ces malheurs bien réels étaient en plus de cela combiné à des maux que nous savons maintenant provenant de l’imaginaire, comme les démons, loups-garous, les fées etc. Les trois quarts de la population de l’époque est paysanne dans l’ensemble de l’Europe dans les années 1600, mise à part en l’Italie du Nord et dans les régions des Flandres et de la Hollande qui sont plus urbanisés. Cette masse paysanne soulève un imaginaire collectif relativement cohérent et semblable peu importante la localisation en Europe à cause d’un millénaire sous domination chrétienne. Malgré cette dernière il y a toujours des rites païens et des croyances païennes, comme les monstres, les démons. Les zones rurales qui sont donc majoritaires à cette période sont le terreau fertile à des histoires folkloriques, et à la naissance du mythe, de la peur et la chasse des sorcières. De plus, pendant une longue période ces croyances païennes étaient incorporées dans la trame chrétienne, afin de galvaniser tous les individus sous la même croyance en considérant ces pratiques comme de « l’ignorance », ou des « traditions indéracinables ». Les deux documents que nous allons étudier, sont témoins d’une période trouble et sanguinaire pour les sorciers et sorcières. Le premier document se déroule en 1658 en Franche-Comté qui n’est pas encore un territoire de la France, le second lui se déroule en 1652 à Rieux-en-Cambrésis dans le Nord, dans les Flandres, ainsi les deux documents racontent des faits qui ne se sont pas déroulés techniquement en France. La France fait acte de clémence envers la sorcellerie contrairement à ces voisins européens. Les extraits présentés sont tirés de l’ouvrage de Robert Muchembled, La Sorcière au village XVe-XVIIIe siècle publié en 1979. C’est est un historien moderniste français né en 1944. Les extraits que nous allons commenter sont des comptes rendus datant pour le premier texte de 1658 et pour le second de 1652. Ils ont pour but de définir la capacité ou non de la femme étudiée dans chacun des cas à être une sorcière. Bien qu’ils aient le même but nous avons ici deux scènes bien différentes. Dans Le premier document la suspecte est visitée par trois maîtres-chirurgiens qui viennent l’ausculter, en lui plantant des aiguilles dans la tête. Le deuxième document est un interrogatoire, dans lequel Susanne Goudry se défend dans un premier temps d’être une sorcière, puis dans une seconde partie avoue avoir pactisé avec le diable.  Ainsi les deux documents, révèlent une réalité bien barbare de l’époque moderne : la chasse aux sorcières. Nous pouvons alors nous demander, par quels moyens l’Eglise et le pouvoir royal parviennent à condamner les sorcières, jusqu’à en faire un bouc émissaire des maux de la société ? Afin de répondre à cette question, nous allons tout d’abord étudier comment les sorcières étaient démasquées. Enfin dans une seconde partie nous montreront que l’Eglise et le pouvoir laïc travaillent de mèche pour condamner les sorcières. 

Bibliographie

Garnot Benoît, Société, culture et genres de vie dans la France moderne XVI-XVIIIe, Hachette, 1991

Garnot Benoît, Justice et société en France aux XVIe, XVIIe, et XVIIIe siècles, Ophrys, 2000

Muchembled, Robert. Le roi et la sorcière : l’Europe des bûchers, XVe-XVIIIe siècle. Desclée, 1993.

Rogozinski Jacob, « L’aveu de la vérité. Torture et confession dans la chasse aux sorcières », Les Temps Modernes, 2013/2 (n° 673), p. 1-23. DOI : 10.3917/ltm.673.0001. URL : https://www.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2013-2.htm-page-1.htm

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Sallmann, Jean-Michel. « Carlo Ginzburg, Le sabbat des sorcières ». Annales, vol. 50, no 1, 1995, p. 183‑87.

Français, J. Auteur du texte. L’Église et La Sorcellerie : Précis Historique Suivi Des Documents Officiels, Des Textes Principaux et d’un Procès Inédit / Par J. Français. 1910. gallica.bnf.fr, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k686045.

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