Wax géométrique
Wax géométrique

Wax me

Qui n’a jamais entendu parler du wax, ce tissu en coton aux couleurs chatoyantes et aux motifs volubiles qui est aujourd’hui devenu incontournable, que ce soit dans le secteur du prêt-à-porter ou l’univers de la maison ? Mais qu’est-ce que le wax exactement ? Nelly MITJA nous propose aujourd’hui un petit tour d’horizon sur ce tissu reconnaissable entre tous, de son histoire à son langage, en passant par sa production.

 

Origines et parcours du wax :  Indonésie au continent africain

Originaire d’Indonésie et associé à la famille Royale Javanaise, le batik, technique d’impression manuelle ancestrale réalisée à la cire sur des étoffes de coton ou de soie, a grandement influencé l’apparition du wax, considéré aujourd’hui par certains comme tissu emblématique du continent africain et de plus en plus présent sur les podiums et dans nos maisons.

Wax : Tissu en Coton
Wax : Tissu en Coton

Calqué et industrialisé au cours du 19ème siècle par les marchands anglais et hollandais, le batik made in Europe fut dans un premier temps commercialisé en Indonésie, assimilée à l’époque aux Indes orientales néerlandaises. Néanmoins, son exportation fut un échec en raison de la présence de petits défauts et d’imperfections sur les motifs, ce qui ne séduisait nullement la population.

D’autre part, alors que les tensions au sein des territoires colonisés s’exacerbaient et les révoltes se multipliaient, les Hollandais décidèrent de recourir à des mercenaires originaires d’Afrique de l’Ouest, des guerriers Ashantis de la Côte de l’or néerlandaise (Ghana). De retour au pays, les Ashantis contribuèrent à l’introduction du batik sur le territoire. L’engouement pour ce tissu fut fulgurant, ce qui encouragea les Hollandais et les Anglais à investir le marché africain tout en adaptant les motifs. Le wax (cire en anglais), également appelé pagne africain, était né.

Qu’en est-il de la production de wax  ?

Créée en 1846, la firme hollandaise Vlisco fut pionnière dans l’industrie du wax en mécanisant le procédé ancestral de la confection du batik et en adaptant ses motifs. Ainsi le wax hollandais est un tissu 100% coton imprimé recto verso à l’aide de cylindres en cuivre sur lesquels sont gravés des motifs contenant de la cire liquide, laquelle permet d’empêcher l’absorption de la couleur lors du bain de teinture. Il en résulte un tissu sans envers dont les couleurs éclatantes ont une tenue irréprochable. Aujourd’hui, la marque appartient au groupe éponyme et compte près de 350 000 motifs textiles originaux. Elle produit ainsi chaque année plus de 64 millions de mètres de wax dont plus de 90% de la production sont écoulés sur le continent africain. Elle est à ce titre l’un des principaux producteurs de wax authentique dans le monde avec des usines de production localisées en Hollande mais aussi en Afrique de l’Ouest.

La production de wax 100% africain a, pour sa part, émergé à l’aube des indépendances. A ce titre, nous pouvons notamment citer la société UNIWAX, aujourd’hui membre du groupe Vlisco, qui a été créée en 1968 en Côte d’Ivoire et qui est actuellement considérée comme le leader ouest-africain du pagne africain qu’elle exporte dans plus d’une dizaine de pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. En 2019, l’entreprise tablait sur une production annuelle de 40 millions de yards soit plus de 36 millions de mètres. Le groupe Vlisco détient également les marques ghanéennes de wax africain GTP et Woodin. Créée en 1965, la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM) est le fruit d’une coopération entre l’État Camerounais, la Banque Allemande de Développement (DEG) et le groupe textile alsacien Dollfus-Mieg et Compagnie (DMC).

Au milieu des années 80, la société produisait près de 50 millions de mètres de tissus par an, notamment du tissu écru qu’elle exportait jusque sur le territoire Nigérian. Malgré une conjoncture difficile à partir de 1986, la CICAM est aujourd’hui le principal producteur de textiles au Cameroun. Elle distribue notamment ses produits via sa filiale Newco qui dispose de nombreux points de vente sur le territoire sous diverses marques. Créée en 1997 par un groupe d’investisseur sino-nigériens, la Société des Textiles du Niger (SOTEX) ou Entreprise Nigérienne des Textiles (ENITEX), est spécialisée dans la production, l’impression et la commercialisation de produits textiles. En 2018, la société rencontrait des difficultés d’approvisionnement en matière première alors que sa capacité de production annuelle était estimée à plus de 10 millions de mètres de tissu imprimé.

Enfin, le marché du wax a connu un tournant dans les années 90 avec l’apparition du wax made in China, de qualité moindre, très bon marché et par conséquent, ultra concurrentiel par rapport à la production hollandaise et la production africaine. A noter également l’apparition du wax de contrefaçon, appelé également Imi Wax, qui n’est imprimé que sur une seule face du tissu. A ce jour, la Chine est devenue le premier producteur mondial de wax et couvre près de 90% du marché.

Ainsi, victime de sa popularité, l’industrie du wax s’est adaptée et le tissu se décline aujourd’hui sous différentes qualités. Nous distinguons notamment le Wax Print, qui se caractérise par la présence d’une seule teinture de base sur l’endroit et l’envers du tissu, avec un glaçage du tissu et des tons brillants sur l’endroit ; le Wax Block, qui se caractérise par la pose d’une à trois couleurs supplémentaires, toutes en harmonie avec les motifs de la teinture de base ; le Block Gaufré, qui se caractérise par une surbrillance sur le tissu avec un effet gaufré obtenu après un traitement spécial ou encore le Superwax, qui est un tissu plus fin et de meilleure qualité auquel est ajoutée une troisième couleur.

 

Do you speak wax ?

Tout comme pour le batik, les teintes et les motifs représentés sur le wax ont une signification qui peut varier selon les régions et faire l’objet de circonstances ou de célébrations. A ce titre, il est important de souligner le rôle important qu’ont joué les femmes togolaises dans les années 50 (les Nana Benz), et dans l’expansion du marché du wax sur le continent africain, et dans la renommée de certains motifs dont elles sont à l’origine du nom et de la petite histoire. Ainsi, certains wax font référence au quotidien, aux relations amoureuses, à la culture populaire, à la religion ou encore à des évènements historiques ou politiques.

Concernant les couleurs, le rouge pourra être synonyme de droiture, d’intégrité. Le bleu pourra être assimilé au pouvoir et le blanc évoquera le plus souvent la paix mais aussi la tristesse, la douleur ou le deuil.

Concernant les motifs, ils sont généralement issus de différentes cultures et croyances africaines. Nous retrouvons le plus souvent des figures géométriques mais aussi des représentations de la faune et de la flore et des figures totems. Orné de fleurs d’hibiscus, Fleur de mariage est un wax qui symbolise le bonheur conjugal.

Il est généralement offert aux jeunes mariés pour leurs noces. Cinq doigts est un wax qui pourra symboliser, notamment au Togo, la force du travail en équipe.  Représentant deux oiseaux s’affrontant, Jalousie est un wax qui symbolise le conflit au sein du couple, notamment la rivalité entre deux femmes.

Un oiseau qui sort de sa cage, symbolisera pour sa part une forme d’avertissement pour l’être aimé ou le conjoint, Si tu sors, je sors. D’autres motifs comme les poissons, notamment en banc, sont synonymes d’aisance financière, de prospérité. Les animaux de basse-cour (poules, coqs, poussins…) représentent pour leur part la famille.

Créé à la mort de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987, les larmes de Sankara est un wax qui célèbre l’Homme d’Etat assassiné en 1987 et considéré comme proche de son peuple, altermondialiste et engagé pour la promotion et l’émancipation des femmes. Chaque année également, à l’occasion de la journée internationale de la Femme, chaque pays d’Afrique fabrique un wax en édition limitée. Le wax s’est ainsi imposé comme un véritable outil de communication et de revendications.

 

Le Wax, symbole du multiculturalisme

Si le wax a fait polémique lors du défilé printemps – été 2018 de Stella McCartney sur fond d’appropriation culturelle, il apparaît, au regard de son histoire et de son parcours, qu’il est avant tout le symbole du multiculturalisme. Trouvant son inspiration en Indonésie, manufacturé en Hollande et façonné sur le continent africain, le wax est le fruit d’un métissage de cultures ancestrales et savoir-faire qui perdurent encore aujourd’hui et s’exportent à travers le monde.

Avec son apparition ces dernières années sur le marché mondial du prêt-à-porter et de l’ameublement, le wax est ainsi l’opportunité de rompre avec les clivages et de s’ouvrir à la richesse culturelle du continent africain et de ses nombreux tissus traditionnels qui à travers leur dimension esthétique, relatent souvent l’histoire de grandes familles, d’ethnies, de nations. A ce titre, nous pouvons notamment citer le bogolan, tissu en coton emblématique de la culture malienne et plus particulièrement de l’ethnie Bambara, teint à l’aide de boue fermentée ; le faso dan fani, symbole du patriotisme burkinabè signifiant littéralement en langue douala « pagne tissé de la patrie » et confectionné en coton lourd ; ou encore le ndop, originaire du nord-ouest du Cameroun et symbole de l’ethnie Bamiléké, ce tissu à la particularité d’être teint à l’indigo et de comporter de nombreux symboles mystiques.

Pour aller plus loin, Nelly MITJA vous propose de lire plusieurs ouvrages d’Anne GROSFILLEY, Docteur en anthropologie spécialisée dans le textile et la mode en Afrique : Wax & co : Anthologie des tissus imprimés d’Afrique ; Wax : 500 tissus ; Textiles d’Afrique : Entre tradition et modernité ; L’Afrique des textiles. A lire également Wax, d’Anne-Marie BOUTTIAUX, Chercheur et Chef de section d’ethnographie au Musée Régional d’Art Contemporain Occitanie.

Auteur : Nelly MITJA

 

Boris Rabilaud