ruches robotisées pour les apiculteurs
ruches robotisées pour les apiculteurs

Abeilles et ruches robotisées : l’avenir de l’apiculture ? L’apiculture est une pratique ancienne qui a connu bien peu de révolutions. L’une des dernières remonte à 200 ans et est l’introduction des ruches à cadres.

Mais depuis quelques années, des chercheurs et des ingénieurs proposent des solutions aux problèmes qui touchent les abeilles : pollution, parasites et prédation.

L’apiculture de précision et la robotique apicole permettent d’améliorer la santé des abeilles et de simplifier le travail de l’apiculteur.

Vous en doutez ? Pourtant, la ruche connectée est peut-être l’avenir de l’apiculture.

Quelques rappels sur les abeilles et l’apiculture

Les abeilles sont des insectes sociaux qui vivent en colonie de plusieurs milliers d’individus. Dans chaque colonie se trouve une reine. Celle-ci est l’unique abeille à pondre et elle est la mère de toutes les ouvrières présentes. Par contre, elle ne participe pas à l’élevage des larves – que l’on nomme le couvain – ou d’autres tâches comme le nettoyage du nid, la défense de celui-ci et la collecte du nectar. Les abeilles que les scientifiques ont baptisées Apis mellifera sont originaires d’Europe, d’Afrique et du Proche-Orient. Mais l’Homme les a largement diffusées de par le monde. On les retrouve maintenant sur tous les continents, sauf en Antarctique. Les abeilles sont capables de survivre aussi bien dans les forêts tropicales que dans les forêts boréales ou dans les oasis.

L’apiculture est la pratique qui vise à profiter des produits de la ruche. Le miel est bien entendu la denrée la plus valorisée au travers de l’élevage des abeilles. Mais il est aussi possible d’exploiter la cire, la propolis (une résine que les abeilles collectent sur les bourgeons), la gelée royale ou encore le venin des abeilles. En France, 70000 personnes ont déclaré posséder au moins une ruche. Mais la plupart de ces apiculteurs sont des amateurs qui élèvent des abeilles pour leur plaisir et pour produire un peu de miel. Les apiculteurs professionnels sont comparativement beaucoup moins nombreux. Mais ils exploitent des ruchers de plusieurs centaines de ruches.

Apiculteur
l’apiculture traditionnelle demande des compétences et requiert tout au long de l’année des interventions fréquentes de l’apiculteur.

Crédit : Pixabay L’apiculture est devenue depuis quelques années plus compliquée que par le passé.

La présence depuis 1984 d’un acarien parasite – le varroa – est un problème pour la rentabilité de la filière. Et les apiculteurs amateurs connaissent souvent des échecs pour ne pas savoir maîtriser les infestations. En 2004, un autre ravageur fait aussi son apparition. Il s’agit du frelon asiatique qui s’ajoute à la calamité qu’est la varroa. Le frelon asiatique détruit de nombreuses colonies chaque année. Et l’apiculteur passe beaucoup de temps à lutter contre les ennemis des abeilles.

Pratiquer l’apiculture demande donc des compétences, mais aussi de la résilience. Il faut aussi accepter les irrégularités d’une année sur l’autre. Ainsi, pour augmenter les chances de succès et la productivité de leurs ruches, de plus en plus d’apiculteurs font appel à la technologie pour surveiller l’état sanitaire de leur colonie. Ils pratiquent l’apiculture de précision.

Qu’est ce que l’apiculture de précision ?

L’apiculture de précision repose sur l’usage de capteurs pour le suivi des colonies d’abeilles. Il s’agit de mesurer des paramètres physiques comme le poids de la ruche, la température à l’intérieur et à l’extérieur du nid et le taux d’humidité. Ces trois valeurs permettent de suivre respectivement :

● les rentrées de nectar

● le développement du couvain

● la santé de la colonie Il est aussi possible d’intégrer des microphones pour détecter les vibrations produites par la colonie.

Certains sons laissent suspecter un essaimage imminent. C’est-à-dire le départ d’une partie des ouvrières accompagnées d’une reine. L’apiculteur doit alors intervenir vite s’il veut récupérer ses abeilles.

Abeilles
Les abeilles sont menacées par les ravageurs et par la pollution. L’apiculteur de précision peut sauver ces insectes.

Crédit : Pixabay Les données collectées par ces capteurs sont ensuite communiquées par connexion radiophonique ou par WiFi à l’ordinateur de l’apiculteur.

Un logiciel permet le traitement des informations. L’apiculteur peut alors lire des graphiques et interpréter les variations qui se produisent. En fonction des évolutions, il décide du moment pour intervenir. Avec l’apiculture de précision, la technologie est au service de l’apiculteur, mais elle ne remplace pas ses compétences et ses connaissances de la biologie des abeilles.

Des émetteurs reliés à des GPS permettent aussi de géolocaliser à tout moment la position des ruches qui en sont équipées. Cette fonctionnalité est celle qui est la plus souvent utilisée. Car le vol des ruches est en recrudescence depuis quelques années. Et les ruchers isolés et sans surveillance font souvent l’objet de vol. Pour en savoir davantage sur l’apiculture de précision, consultez l’article suivant

Vers la robotisation des ruches

Jusqu’à présent, nous avons vu l’usage des capteurs pour alerter à distance l’apiculteur sur les évènements qui affectent ses colonies d’abeilles. Mais celui-ci reste toujours indispensable pour effectuer toutes les manipulations sur les ruches. Il doit assurer les traitements contre les varroas, diviser les colonies pour augmenter la taille de son cheptel et retarder les essaimages, récolter le miel,… Avec le progrès de la robotique, il est possible d’appliquer les techniques en mécatronique dans de nombreuses disciplines. Et l’apiculture n’échappe pas à cette révolution.

Les ruches robotisées peuvent assister leur propriétaire dans un certain nombre d’opérations. Il est alors possible de limiter les visites et notamment les inspections hebdomadaires : contrôle de la ponte de la reine, état du convain et état des réserves de miel. Mais les ruches robotisées peuvent aller beaucoup plus loin. Elles sont capables d’évaluer le degré d’infestation par les varroas et d’effectuer un traitement au-delà d’un seuil. Elles peuvent aussi nourrir les abeilles en cas de disette. Et vous ne serez pas étonné d’apprendre qu’elles récoltent le miel et le stockent. L’apiculteur intervient encore moins souvent que sur des ruches connectées et pour ainsi dire ne vient que pour récupérer du miel.

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La Beehome est l’une des premières ruches robots.

Crédit photographique Beewise. Ce prodige technologique est devenu une réalité, suite aux recherches et aux efforts de la société Beewise

Cette start-up implantée en Israël est spécialisée en apiculture de précision. Beewise a développé des unités mobiles comportant 24 colonies d’abeilles dans un seul bloc et qui fonctionnent à l’énergie solaire. D’un volume de 10 mètres cubes et d’un poids d’une tonne, cette unité est nommée Beehome.

Le site de l’entreprise nous renseigne sur ses fonctionnalités : “Le Beehome contient des caméras, des bras robotisés, des capteurs et d’autres systèmes qui lui permettent d’exécuter ce qu’un apiculteur ferait normalement. Les bras robotisés du Beehome traitent les parasites, nourrissent les abeilles, empêchent l’essaimage et bien plus encore, comme le ferait un apiculteur.” (traduit de l’anglais). Il est ajouté que le Beehome est capable de détecter la présence de varroa et en cas d’infestation importante, l’unité déclenche un traitement par la chaleur.

Il n’est donc pas fait usage de produit chimique, comme le font actuellement la plupart des apiculteurs. Toujours attentive à la sécurité des abeilles, l’entrée des ruches est automatiquement fermée, lorsque des capteurs détectent à l’extérieur des substances nocives comme des pesticides. Actuellement, 100 unités Beehome ont été vendues et sont déployées dans des zones agricoles et rurales d’Israël et des États-Unis. En plus de produire du miel, ces unités permettent la pollinisation des champs et le maintien des rendements dans les vergers. Il est donc probable que ces immeubles à abeilles feront leur apparition ailleurs dans le monde.

Faut-il craindre le progrès ?

L’apiculture est une pratique ancienne de plusieurs siècles. Et les révolutions techniques sont rares. De nos jours, les ruches et le matériel que la plupart des apiculteurs – amateurs ou professionnels – utilisent ont été créés au XIXème siècle. Il s’agit notamment des ruches à cadres Dadant et Langstroth que l’on retrouve partout dans le monde. Mais aussi de l’enfumoir qui accompagne toujours un apiculteur sur son rucher.

Les gestes qui permettent de travailler avec les abeilles sont toujours les mêmes et transmis aux débutants par les plus anciens. L’enseignement de l’apiculture se fait par les ruchers écoles et les lycées agricoles. Tout cela pour souligner que le monde de l’apiculture a échappé au progrès et aux innovations pendant longtemps.

Ainsi, l’apparition des technologies dans les ruches ne plaît pas à tout le monde. Si certains professionnels comprennent l’intérêt de surveiller à distance leurs ruchers – souvent distants de leur domicile de plusieurs dizaines de kilomètres – d’autres refusent de changer leurs habitudes. C’est notamment le cas des apiculteurs qui prônent une apiculture naturelle, plus proche des besoins des abeilles et où le savoir-faire de l’apiculteur ne peut se déléguer à une machine, quelle que soit ses performances.

Les apiculteurs amateurs sont quelques uns à s’intéresser à l’apiculture de précision, surtout par curiosité. Ils peuvent au moyen de leur smartphone savoir à tout moment quelle est la température à l’intérieur de leur ruche et si les ouvrières s’activent à la fabrication du miel.

La lecture des analyses permet aussi de mieux comprendre le fonctionnement d’une colonie tout au long de l’année. C’est donc un outil pédagogique qui peut accompagner des débutants. Mais pour le moment, les ruches robotisées ne sont pas encore prêtes à rentrer dans les jardins des particuliers. Affaire à suivre…

Boris Rabilaud