« La souveraineté numérique, ce n’est pas un slogan, c’est très concret », affirme le patron d’Iliad-Free dans un entretien accordé à Ouest-France. Derrière cette formule, le groupe de télécommunications défend une ligne devenue centrale dans le débat public: garder la maîtrise des données, des réseaux, du cloud et des usages liés à l’intelligence artificielle. Le sujet dépasse largement la communication d’entreprise. Il touche aux infrastructures critiques, à la sécurité économique et à la capacité de la France à ne pas dépendre exclusivement de plateformes étrangères.
Thomas Reynaud relie souveraineté numérique et infrastructures d’Iliad-Free
Dans l’entretien publié par Ouest-France, le patron d’Iliad-Free présente la souveraineté numérique comme une question d’exécution industrielle, pas comme une simple posture politique. Cette précision compte, car le terme est souvent utilisé dans les discours publics sans lien direct avec les usages quotidiens. Pour un opérateur télécom, la souveraineté commence par des éléments très matériels: antennes, fibre optique, centres de données, logiciels d’exploitation et capacités de stockage.
Thomas Reynaud, directeur général du groupe Iliad, défend depuis plusieurs années l’idée qu’un acteur européen doit contrôler une part suffisante de la chaîne technique. Dans les télécommunications, cette chaîne va du raccordement des foyers à la gestion du trafic mobile. Elle inclut aussi la protection des flux échangés par les entreprises, les collectivités et les particuliers. Le groupe, maison mère de Free, s’appuie sur cette position pour se différencier dans un marché très concurrentiel.
La notion de souveraineté prend une dimension particulière dans un secteur où les investissements se chiffrent en milliards d’euros. Les opérateurs doivent financer la couverture mobile, l’entretien du réseau fixe et la montée en débit. Dans ce contexte, Iliad-Free cherche à rappeler que l’indépendance numérique se mesure aussi à la capacité d’investir localement, sur des équipements déployés sur le territoire national ou européen, avec des équipes techniques identifiées.
Cette approche répond à une inquiétude plus large. Les administrations, les hôpitaux, les PME et les grands groupes confient une part croissante de leurs activités à des outils numériques. Une panne de réseau, une perte de données ou une dépendance contractuelle excessive peuvent avoir des effets immédiats. La souveraineté numérique devient donc un sujet de continuité d’activité, de sécurité et de choix économique, bien au-delà d’un débat réservé aux spécialistes.

Free mise sur réseaux et centres de données en France
Pour un opérateur comme Free, la première traduction concrète de la souveraineté numérique se situe dans les réseaux télécoms. La qualité d’un service ne dépend pas seulement du prix des forfaits. Elle repose sur la densité des infrastructures, la résilience des équipements et la capacité à absorber une hausse constante du trafic. Les usages vidéo, le télétravail, les objets connectés et les services publics en ligne ont fait du réseau un pilier de l’activité quotidienne.
Le groupe Iliad met régulièrement en avant ses investissements dans la fibre optique et le mobile. Cette stratégie vise à conserver une maîtrise directe sur les infrastructures essentielles. Dans les zones denses, la concurrence entre opérateurs impose des déploiements rapides. Dans les zones moins peuplées, la question se pose autrement: il faut garantir un accès fiable sans laisser des territoires à l’écart. La souveraineté numérique se joue aussi dans cette capacité à éviter une fracture durable entre grandes métropoles et communes rurales.
Les centres de données constituent un autre maillon stratégique. Ces bâtiments techniques concentrent serveurs, systèmes de refroidissement, alimentation électrique sécurisée et dispositifs de surveillance. Ils hébergent des services de messagerie, des applications d’entreprise, des sauvegardes et des outils de calcul. Quand ces infrastructures sont implantées en France, elles relèvent du droit français et européen, ce qui offre un cadre plus lisible aux clients sensibles aux questions de confidentialité.
Le débat reste néanmoins complexe. Construire et exploiter des centres de données exige beaucoup d’énergie, des compétences rares et une planification foncière fine. Les opérateurs doivent concilier performance, sobriété et sécurité physique. Pour Free, l’enjeu consiste à montrer que la maîtrise locale des infrastructures ne se limite pas à une promesse commerciale. Elle suppose des choix d’investissement, une maintenance continue et une capacité à tenir les engagements de disponibilité sur la durée.

Scaleway place le cloud européen au centre du débat
Le cloud est l’un des terrains les plus sensibles de la souveraineté numérique. Dans ce domaine, Iliad s’appuie sur Scaleway, sa filiale spécialisée dans l’hébergement, le calcul et les services destinés aux développeurs comme aux entreprises. Face aux géants américains du secteur, l’acteur français défend une alternative européenne. Le sujet concerne les contrats, mais aussi la localisation des données, la transparence technique et la réversibilité des services.
La domination des grands fournisseurs internationaux crée une dépendance difficile à réduire. Beaucoup d’entreprises utilisent leurs outils pour stocker leurs bases clients, gérer leurs logiciels internes ou entraîner des modèles d’intelligence artificielle. Ces plateformes offrent une puissance considérable, avec des catalogues de services très riches. Le revers réside dans la concentration du marché et dans la difficulté à changer de prestataire une fois les applications construites autour d’un écosystème fermé.
Dans ce contexte, cloud européen et données sensibles sont devenus des expressions clés pour les responsables informatiques. Les collectivités et les secteurs régulés, santé, finance, énergie, éducation, examinent davantage les conditions d’hébergement. Le cadre européen, notamment autour de la protection des données personnelles, pousse les acheteurs à demander des garanties précises. Les certifications, les audits de sécurité et les clauses de localisation entrent de plus en plus dans les appels d’offres.
Scaleway ne joue pas seulement sur l’argument national. Pour convaincre, un fournisseur de cloud doit proposer des prix compétitifs, une haute disponibilité, des outils modernes et un accompagnement technique solide. Les développeurs comparent les performances, la documentation, la simplicité de migration et la qualité du support. La souveraineté numérique devient crédible quand elle ne demande pas aux clients de renoncer à l’efficacité opérationnelle. C’est ce point que le groupe Iliad cherche à installer dans le débat public.
IA, cybersécurité et données renforcent la pression politique
L’essor de l’intelligence artificielle donne une nouvelle portée au débat. Les modèles d’IA nécessitent d’importantes capacités de calcul, des jeux de données massifs et des infrastructures capables de traiter des demandes en temps réel. Si ces ressources sont concentrées chez quelques acteurs non européens, la dépendance devient technologique, économique et stratégique. Le patron d’Iliad-Free inscrit donc son propos dans un moment où IA et souveraineté sont étroitement liées.
La question dépasse le choix d’un fournisseur informatique. Les données utilisées pour entraîner ou faire fonctionner des systèmes automatisés peuvent contenir des informations médicales, industrielles, administratives ou commerciales. Leur circulation impose des règles de sécurité strictes. Une entreprise qui externalise ses calculs doit savoir où les données transitent, qui peut y accéder et quelles lois s’appliquent en cas de litige. La cybersécurité devient un critère central dans la décision d’achat.
Les pouvoirs publics européens ont déjà renforcé l’encadrement du numérique avec des textes sur les plateformes, les données et l’intelligence artificielle. Cette réglementation poursuit un objectif clair: réduire les asymétries entre les utilisateurs européens et les grandes entreprises qui contrôlent les infrastructures numériques mondiales. Les opérateurs locaux y voient une occasion de faire valoir leurs investissements, à condition de tenir le niveau technique attendu par les clients professionnels.
Pour Iliad-Free, le message adressé au marché est double. Le groupe veut parler aux particuliers attachés à un service accessible, mais aussi aux entreprises et institutions qui cherchent des garanties de maîtrise. Cette position l’expose à une exigence élevée: prouver que la souveraineté numérique est compatible avec l’innovation, le prix, la performance et la sobriété énergétique. À mesure que l’IA progresse dans les services publics, les logiciels métiers et les usages du grand public, cette exigence pèsera davantage dans les choix technologiques.
À retenir
- Iliad-Free présente la souveraineté numérique comme un sujet d’infrastructures concrètes.
- Les réseaux, la fibre et les centres de données restent au cœur de la stratégie.
- Scaleway défend une offre de cloud européen face aux géants américains.
- L’IA renforce les exigences de sécurité, de calcul et de maîtrise des données.





