Medadom rejoint le Next40 en 2026, après cinq années passées dans le French Tech 120. L’entreprise de téléconsultation, installée à Paris, change aussi d’échelle capitalistique avec la reprise de la majorité par ses fondateurs, Elie-Dan Mimouni et Nathaniel Bern, aux côtés de Verdane et de Bpifrance. Les montants de l’opération n’ont pas été communiqués, mais le mouvement confirme la place prise par la santé numérique dans les priorités industrielles françaises.
Medadom intègre le Next40 après cinq ans au French Tech 120
L’entrée de Medadom dans le Next40 place l’entreprise dans le groupe restreint des sociétés françaises présentées comme les futurs leaders technologiques nationaux. La promotion 2026 du programme French Tech Next40/120 retient des entreprises capables d’afficher une croissance solide, un modèle déjà éprouvé et une capacité d’expansion au-delà de leur marché initial. Pour Medadom, cette sélection intervient après une présence continue dans le French Tech 120 depuis 2021.
Cette longévité compte dans l’analyse du dossier. Dans un secteur où de nombreuses plateformes de santé numérique ont dû revoir leurs ambitions, l’entreprise a poursuivi son déploiement en s’appuyant sur un réseau de pharmacies, une organisation médicale interne et une technologie développée en propre. Medadom affirme avoir construit son modèle autour de la continuité d’accès aux soins, avec un positionnement distinct des services de mise en relation purement numériques.
La distinction obtenue à VivaTech donne une visibilité institutionnelle importante. Le Next40 ne constitue pas un label commercial au sens classique, mais il offre un accès renforcé aux services de l’État, aux réseaux d’investisseurs et aux dispositifs d’accompagnement à l’international. Pour une entreprise de santé, cette exposition représente aussi un engagement public plus fort, car le secteur touche directement à l’organisation du système de soins.
Medadom réunit aujourd’hui entre 135 et 140 collaborateurs à Paris, selon les données communiquées par l’entreprise. Cette taille reste modeste par rapport aux grands groupes de santé, mais elle traduit une industrialisation progressive du modèle. Le passage au Next40 intervient donc moins comme une récompense isolée que comme la reconnaissance d’une trajectoire déjà installée, dans un marché où les usages de téléconsultation ont gagné en légitimité depuis plusieurs années.
Le classement renforce aussi la pression sur l’exécution. Les entreprises retenues sont attendues sur leur capacité à convertir leur croissance en emplois, en implantation territoriale et en revenus durables. Dans le cas de Medadom, l’enjeu principal tient à la densité du réseau de points d’accès et à la qualité médicale perçue par les patients comme par les professionnels de santé.

Elie-Dan Mimouni et Nathaniel Bern reprennent la majorité
L’opération capitalistique bouclée au premier semestre 2026 marque une reprise en main nette par les fondateurs. Elie-Dan Mimouni et Nathaniel Bern redeviennent majoritaires, après la sortie de G Square, fonds entré au capital en 2020. Cette séquence clôt une phase de croissance financée par un investisseur spécialisé dans la santé et ouvre une nouvelle période, centrée sur l’expansion et la consolidation.
Le retour des fondateurs en position majoritaire envoie un signal précis au marché. Dans les entreprises de santé numérique, la gouvernance compte autant que la puissance financière, car les décisions touchent à la relation avec les médecins, aux standards de qualité et aux exigences réglementaires. Le maintien d’un pilotage entrepreneurial peut rassurer les partenaires opérationnels, notamment les pharmaciens qui accueillent les dispositifs de téléconsultation.
L’entrée de Verdane constitue un autre élément majeur. Le fonds nordique signe avec cette opération son premier investissement en France, selon les informations communiquées par les parties prenantes. Verdane revendique plus de 200 investissements dans des entreprises à forte croissance depuis 2003 et dispose d’équipes à Berlin, Copenhague, Londres, Helsinki, Munich, Oslo et Stockholm. Cette implantation européenne apporte à Medadom un réseau utile pour tester de nouveaux marchés.
Bpifrance complète le tour de table avec une lecture plus stratégique. La banque publique met en avant la souveraineté dans la santé numérique et le rôle potentiel de la téléconsultation dans le désengorgement des urgences. Le sujet dépasse donc la seule croissance d’une entreprise privée. Il touche à la capacité française de bâtir des infrastructures médicales numériques contrôlées localement, face à des acteurs internationaux bien financés.
Les montants de la transaction n’ont pas été rendus publics. Cette absence de chiffres limite l’évaluation précise de la valorisation, mais la composition du nouvel actionnariat éclaire la stratégie. Les fondateurs gardent le pouvoir de décision, Verdane apporte une expertise européenne, Bpifrance inscrit le dossier dans une logique d’intérêt industriel national. Ce triptyque donne à Medadom des moyens accrus, tout en l’exposant à des attentes élevées.

Des bornes louées aux pharmacies et des médecins salariés
Le modèle de Medadom repose sur une articulation concrète entre lieux physiques et consultation à distance. L’entreprise loue ses bornes aux pharmacies, qui deviennent des points d’accès pour des patients souhaitant obtenir un avis médical sans passer uniquement par une application mobile. Cette présence en officine répond à un besoin fréquent dans les territoires où l’obtention d’un rendez-vous médical se complique.
Le dispositif se distingue aussi par l’organisation des praticiens. Medadom salarie des médecins salariés, alors que d’autres plateformes fonctionnent principalement avec des professionnels indépendants connectés selon leurs disponibilités. Ce choix implique une structure de coûts plus lourde, mais il peut faciliter la mise en place de protocoles, de formations internes et d’un contrôle plus direct des pratiques médicales. Dans un secteur sensible, la confiance dépend largement de cette capacité à encadrer les actes.
La borne de téléconsultation installée en pharmacie n’est pas seulement un écran. Elle peut intégrer des instruments connectés permettant de transmettre certaines constantes au médecin, selon les équipements disponibles. Le pharmacien joue alors un rôle d’accompagnement logistique, sans se substituer au diagnostic médical. Cette configuration vise des patients qui ne sont pas toujours à l’aise avec une consultation depuis leur domicile, notamment lorsqu’un appui technique ou humain paraît nécessaire.
La téléconsultation occupe une place croissante dans le parcours de soins, mais elle ne remplace pas toutes les consultations physiques. Son intérêt se situe plutôt dans la prise en charge de demandes compatibles avec un échange à distance, dans l’orientation des patients et dans la réduction de certaines tensions locales. Pour les territoires touchés par la raréfaction de médecins disponibles, l’enjeu tient à l’ajout d’une solution pratique, sans fragiliser la médecine de proximité.
La montée en puissance de Medadom dépendra donc de l’équilibre entre volume et qualité. Plus de bornes peuvent améliorer l’accès aux soins, mais chaque extension demande un suivi médical, une maintenance technique et une relation stable avec les officines. Cette dimension opérationnelle explique pourquoi la consolidation du marché reste au cÅ“ur de la stratégie annoncée par l’entreprise.
L’expansion européenne dépendra des règles de santé nationales
Le nouvel actionnariat ouvre une perspective d’expansion au-delà de la France, mais la santé ne se développe pas comme un service numérique ordinaire. Chaque pays dispose de ses règles de remboursement, de ses autorités de contrôle, de ses ordres professionnels et de ses habitudes de consultation. Pour Medadom, l’Europe représente donc une opportunité, mais aussi une succession de marchés nationaux à traiter avec prudence.
Verdane peut faciliter cette étape grâce à ses équipes implantées dans plusieurs capitales européennes. Son expérience dans la santé et les technologies offre à Medadom une lecture plus fine des contraintes locales. L’entreprise devra néanmoins adapter son offre, ses contrats avec les professionnels et ses relations avec les pharmacies selon les cadres en vigueur. Une borne acceptée dans une officine française ne se déploie pas automatiquement avec les mêmes règles ailleurs.
Le renforcement de la gouvernance médicale figure parmi les priorités mises en avant dans les éléments communiqués autour de la transaction. Cette notion couvre la qualité des actes, le suivi des médecins, la conformité des protocoles et la protection des données de santé. Dans un environnement européen marqué par des exigences élevées sur la confidentialité, cette crédibilité médicale pèsera lourd dans les discussions avec les autorités et les partenaires.
La solidité de la plateforme technologique sera tout aussi déterminante. Pour absorber davantage de consultations, l’entreprise devra maintenir des temps d’accès acceptables, sécuriser les échanges et garantir la traçabilité des parcours. Ces investissements ne sont pas seulement techniques. Ils conditionnent la capacité à convaincre les pouvoirs publics que la téléconsultation peut contribuer à l’organisation des soins sans créer de rupture de qualité.
La présence de Bpifrance rappelle enfin la dimension de souveraineté attachée au dossier. Les données de santé, les outils de consultation et les réseaux d’accès médicaux deviennent des actifs stratégiques. Medadom avance donc sur une ligne étroite, entre ambition européenne, contrôle réglementaire et attentes des patients. Les prochains mois devraient préciser le rythme d’ouverture hors de France et la capacité de l’entreprise à transformer son statut Next40 en positions commerciales durables.
À retenir
- Medadom rejoint le Next40 en 2026 après cinq ans dans le French Tech 120.
- Elie-Dan Mimouni et Nathaniel Bern reprennent la majorité du capital.
- Verdane réalise son premier investissement français aux côtés de Bpifrance.
- Le modèle repose sur des bornes en pharmacie et des médecins salariés.
- L’expansion européenne dépendra des règles propres à chaque système de santé.
Sources
- Next40 : Ã VivaTech, Medadom rejoint le gratin de la French Tech
- Next40 : Ã VivaTech, Medadom rejoint le gratin de la French Tech – Capital.fr
- MEDADOM intègre le programme Next40
- Medadom : les fondateurs reprennent la majorité du capital et ouvrent une nouvelle étape au service de l'accès aux soins, avec le soutien de Verdane et de Bpifrance – Bpifrance | Presse
- G Square has agreed to sell Medadom to founders backed by Verdane and Bpifrance | Lincoln International LLC





